La Prima Maestra Tecla. Témoignage du Père Jacques Alberione

Le texte Abundantes Divitiæ, rédigé par le père Jacques Alberione à l’occasion du
quarantième anniversaire de fondation de la Famille Paulinienne,
relate en appendice le témoignage suivant sur la
Prima Maestra Tecla.
Les chiffres en marge corrispondent au texte
Abundantes Divitiæ, version française[1].

LA PRIMA MAESTRA

Rome, 14 avril 1954

 

240      Il avait présenté et confié l’idée de former une Famille religieuse féminine auprès de la Famille masculine à peine fondée. On lui conseilla de bonnes filles qu’il ne connaissait pas et qui n’étaient plus très jeunes. Il s’est vite aperçu que, tant pour la première que pour la deuxième famille, certaines personnes [déjà] entrées n’avaient pas la vocation à une vraie vie religieuse ; c’est pourtant ce qui est essentiel ! L’intelligence et l’amour de l’apostolat spécifique se seraient développés peu à peu s’il y avait eu docilité à la voix de Dieu.

241      Cette préoccupation dura plusieurs mois… Les [jeunes] clercs du séminaire et les personnes déjà unies en tant que coopérateurs spirituels célébrèrent alors le mois de mai pour que le Seigneur pourvoie [aux besoins] de la Famille religieuse.

À la fin du mois, on lui dit : « Il y a à Castagnito d’Alba une jeune fille de bonne famille qui, par sa piété, son intelligence, sa docilité, sa bonté, pourrait convenir… Mais il y a deux difficultés : sa santé fragile et [le fait] qu’elle n’a fréquenté que l’école du village. » – « Qu’elle vienne, répondit le Premier Maître, le Seigneur lui donnera la santé suffisante et la science nécessaire pour accomplir sa tâche. Quand le Seigneur veut… »

242      Il y avait des obstacles, mais ils furent surmontés, surtout avec l’aide d’un séminariste – aujourd’hui chanoine-curé de Barolo –, frère de la jeune fille qui est aujourd’hui la « Prima Maestra » des Filles de Saint-Paul. Les évènements se déroulèrent si bien que l’on y vit clairement la main de Dieu.

Elle [Teresa Merlo] entra et, tout de suite, elle tomba malade. Mais elle avait déjà suscité en chacun une estime presque révérencielle. Alors on prit, avec le Seigneur, l’engagement qui se trouve dans le Pacte ou Secret de la réussite; pacte qui [par la suite] fut repris dans les grandes occasions et les nécessités [particulières].

Certains continuaient d’objecter : « Elle donnera tout ce qu’elle a, mais elle donnera très peu pour la nouvelle Famille, si toutefois elle n’est pas un poids à cause de sa santé précaire. » Mais le pacte était toujours renouvelé… et l’ensemble des évènements [nous] révéla la façon dont le Seigneur agissait, et continue à agir, presque insensiblement, mais efficacement ; et [révéla] aussi, que la bonté et la sagesse sont plus importantes que la science et la force physique.

243      Au début, la Famille des Filles de Saint-Paul connut bien des grincements… mais tout cela servit à « Teresa », comme on l’appelait alors, à gagner l’affection des sœurs et l’estime générale: de sorte qu’un jour, lorsque se furent retirées celles qui n’avaient pas une véritable vocation, et qu’on annonça aux nombreuses jeunes, déjà entrées, que Teresa était élue supérieure, le consensus fut total.

Ses progrès furent constants: en piété, vie religieuse, docilité, amour de l’Institut, de l’apostolat et des âmes.

Le travail qu’elle doit accomplir aujourd’hui serait excessif même pour une personne très robuste: tout est don de Dieu.

244      Pour le Premier Maître, elle fut une aide constante:

1) pour bien former les Filles de Saint-Paul: elles sont parties de rien et elles ont atteint une formation spirituelle, intellectuelle, apostolique efficace et acceptée partout: avec simplicité, surnaturel et diligence ;

2) pour les initier à l’apostolat spécifique: […] inhabituel en ce temps-là et difficile sur le plan humain; pourtant, sous sa direction on forma des écrivaines, des conférencières, des techniciennes, des propagandistes, des préposées à [l’apostolat] du cinéma et de la radio ;

3) pour surmonter les difficultés qui furent nombreuses: venant, d’une part, des personnes et, d’autre part, de l’économie, des incompréhensions, du temps, des maladies ou des décès, etc. ;

4) pour la fondation des Pieuses Disciples et des Pastourelles : elle prêta main-forte pour la naissance, la croissance, l’approbation des deux congrégations ; elle les a soutenues, conseillées ; elle leur accorda une aide financière, elle se sacrifia pour elles ; ces deux Familles lui sont reconnaissantes et ont confiance en elle.

245      Son exemple et sa bonté influencent beaucoup plus que son autorité : elle sait concilier délicatesse et décision, prudence et force. Physiquement, elle fut vraiment soutenue par Dieu qui la guida par des lumières surnaturelles, c’est ce que constata le Premier Maître lors des nombreux voyages [qu’ils firent ensemble] pour visiter les maisons.

Et c’est ainsi que les Filles de Saint-Paul croissent en nombre, [multiplient] les maisons et les initiatives: elles sont répandues dans environ 20 nations.

246      [Pour] les Filles de Saint-Paul, elle est comme un livre en deux tomes: le premier, c’est celui de sa vie quotidienne exemplaire ; [si] le second [était] imprimé, on y trouverait les conférences présentées aux sœurs, ses nombreux avis particuliers et généraux, ses écrits publiés dans la circulaire Regina Apostolorum, etc. Somme toute, cela ferait un bon et gros livre qui serait un trésor pour les Filles de Saint-Paul, dès maintenant et pour l’avenir ; maintenant, surtout pour celles qui sont au loin et qui réussissent à peine à l’approcher durant ses visites et pour celles, surtout les aspirantes, qui ne réussissent pas toujours à lui parler personnellement à cause du manque de temps.


1. Abundantes Divitiæ (original italien), EP, Roma 1985, nn. 232-239. Version française : Abundantes Divitiæ, Paulines, Montréal 2016, nn. 240-246; ces numéros correspondent à l’édition d’Abundantes Divitiæ [Opera Omnia], 1998 ; voir pages 106-108. Voir aussi « Considerate la vostra vocazione », Lettre circulaire n. 210, Rome1990.